Covid et tabagisme : ce que l’on sait

Souvenez-vous : au mois de juillet 2020, une étude réalisée conjointement par des chercheurs américains, mexicains et grecs avait lancé un pavé dans la mare en affirmant que les fumeurs avaient moins de risques que les autres d’attraper le Covid-19.

Publiés dans l’European Respiratory Journal, ces travaux (réalisés à partir de données médicales concernant plus de 89 000 cas de Covid-19 au Mexique) avaient conclu à un effet “protecteur” de la nicotine et estimait que les fumeurs avaient un risque moins important de 23 % environ de contracter le coronavirus SARS-CoV-2.

Coup de théâtre : ce jeudi 22 avril 2021, l’étude a été dépubliée, ce qui signifie qu’elle n’est plus accessible sur le site de l’European Respiratory Journal. La raison ? “Deux des auteurs n’ont pas signalé leurs éventuels liens d’intérêt au moment de la soumission du manuscrit” explique la revue scientifique. En clair : deux des auteurs n’auraient pas fait preuve d’objectivité. Par exemple, l’un des auteurs était consultant pour l’industrie du tabac lors de l’étude : il travaillait en effet pour l’ONG NoSmoke, “un hub d’innovation scientifique” soutenu financièrement par des grandes entreprises du secteur…

Attention aux raccourcis : l’European Respiratory Journal explique que ce potentiel conflit d’intérêt ne suffit pas à annuler les conclusions de l’étude – il ne s’agit que d’un “manquement à la procédure de déclaration des liens d’intérêts“. Cité par le blog Retraction Watch, le directeur de l’étude, Konstantinos Farsalinos, dénonce quant à lui une dépublication “injuste et sans fondements“.

Tabagisme : Covid-19 et nicotine, où en est la recherche ?

Des chercheurs du King’s College de Londres ont analysé, entre fin mars et fin avril, les données d’une application mobile “Covid Symptom Study” destinée à fournir des informations à la recherche. Au total, ce sont 2,4 millions de personnes, qui ont utilisé l’application, fournissant de ce fait une grande quantité de données.

Parmi les utilisateurs, environ 11% étaient fumeurs, ce qui correspond presque à la proportion de fumeurs en vie réelle en Angleterre (14%).

Quels sont les résultats ?

Les fumeurs ont été 14% plus susceptibles que les non-fumeurs de développer les symptômes “classiques” du Covid (fièvre, toux, respiration difficile…).
Les fumeurs étaient 29% plus susceptibles de signaler plus de 5 symptômes et 50% plus de 10, dont la perte d’odorat, la diarrhée, la fatigue, la confusion ou des douleurs musculaires.
Les fumeurs testés positifs avaient 50% de plus de risque d’être hospitalisés que les autres. 
Les fumeurs avaient plus souvent un test PCR négatif comparativement aux non-fumeurs (9,3% de fumeurs négatifs, 7,4% de fumeurs positifs). 

Conclusion : l’étude semble confirmer une protection de la nicotine en prévention. Mais elle démontre que fumer augmente le risque de développer des symptômes et surtout d’être hospitalisée pour une forme sévère.

Ce dernier point confirme les résultats de deux études américaines relayées fin juillet par le quotidien britannique The Guardian. Les chercheurs de l’Université de Californie, qui avaient étudié les dossiers sanitaires de 8000 jeunes adultes avaient ainsi découvert qu’une vulnérabilité face à la maladie existait chez 32% des fumeurs mais seulement chez 16% des non-fumeurs.

Une seconde étude, menée par la Society for Research on Nicotine and Tobacco auprès de 11 000 patients touchés par le coronavirus, avait conclu que les fumeurs sont presque deux fois plus susceptibles que les non-fumeurs de développer des symptômes graves.

Des conclusions qui n’étonnaient guère les chercheurs : “les produits du tabac provoquent une inflammation des voies respiratoires et affectent l’immunité pulmonaire, ce qui rend les gens plus sensibles aux infections en général”.

Covid et nicotine : une étude évalue son efficacité en prévention de l’infection

Oui ou non, la nicotine protège-t-elle du coronavirus ? Pour répondre à cette question, l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP) a lancé fin novembre 2020, une étude nationale, appelée Nicovid Prev. Pilotée par le Pr Zahir Amoura, Chef de service à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, elle a pour objectif d’inclure 1 633 personnels soignants médicaux et non médicaux travaillant dans un établissement de santé, non-fumeurs (ou anciens fumeurs ayant arrêté depuis plus de 12 mois), n’ayant pas d’antécédent de COVID-19 et travaillant au contact de patients (qu’ils soient ou non atteints de COVID-19).

L’objectif de cette étude, randomisée, en double aveugle et qui doit être menée au sein de 15 centres hospitaliers, est d’évaluer l’efficacité des patchs de nicotine en termes de prévention de l’infection Covid-19 chez des soignants.

En avril 2020, une étude observationnelle de l’AP-HP portant sur 350 malades hospitalisés laissait penser que les fumeurs avaient un risque moins important d’être contaminés par le Covid-19. “La nicotine aurait des vertus préventives contre le Covid-19” apprenait-on dans cette étude menée par à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris. Selon l’AP-HP, “les données récentes laissent anticiper un possible bénéfice de l’utilisation des substituts nicotiniques”. Elle précise que les données épidémiologiques françaises montrent un taux de fumeurs actifs significativement plus faible dans la population Covid-19 que dans la population générale. L’explication ? La nicotine serait responsable de cet effet protecteur en inhibant la pénétration et la propagation du virus dans les cellules. Elle pourrait ainsi avoir un rôle préventif.

Fumer n’apporte pas de bénéfice pour la santé

Quelles que soient ces hypothèses, rappelons que le tabagisme est la première cause de mort évitable en 2020.

Les tabacologues rappellent aux fumeurs qu’en raison de leur moins bonne santé pulmonaire et cardiovasculaire, ils restent à risque d’attraper le Covid-19. La tension élevée et le diabète sont deux facteurs aggravants pour le Covid-19, clairement identifiés et souvent associés au tabagisme.

On compte chaque jour en France 200 décès imputables au tabac. En somme, même si les études concluaient à un effet protecteur contre le virus, la cigarette n’apporterait pas de bénéfice à la santé.

En avril, suite à la publication de l’étude de l’AP-HP et dans l’espoir de bénéficier des effets protecteurs de la nicotine, de nombreuses personnes s’étaient rendues chez le pharmacien pour obtenir des boites de substituts nicotiniques, patchs ou chewing-gums. Le gouvernement avait même dû limiter la délivrance de ces substituts “d’une part pour prévenir les risques sanitaires liés à une consommation excessive ou un mésusage et d’autre part pour garantir l’approvisionnement continu et adapté des personnes nécessitant un accompagnement médicamenteux dans le cadre d’un sevrage tabagique“. Un arrêté avait été publié, stipulant une délivrance des substituts nicotiniques limitée à un mois.

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