Pourquoi le variant brésilien inquiète-t-il les autorités sanitaires ?

Les vols entre la France et le Brésil sont suspendus “jusqu’à nouvel ordre”, a déclaré ce mardi Jean Castex, lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, en raison d’une situation “dramatique” et “qui s’aggrave” au Brésil.

Que sait-on du variant brésilien ? 

Le variant brésilien, appelé P1 ou 20J/501Y. V3, est minoritaire en France (environ 0,5% des souches séquencées selon la dernière enquête “Flash”).

Ce variant aurait émergé au mois de décembre 2020 à Manaus (Brésil). Plusieurs études menées depuis montrent une transmissibilité plus importante par rapport à la souche d’origine. De plus, ce variant aurait la capacité d’échapper à la réponse immunitaire induite par un premier contact avec des souches d’origine, et pourrait par conséquent accroître le risque de réinfection“, commente Santé Publique France dans son bulletin épidémiologique du 30 mars.

Conséquence : ce variant pourrait être moins sensible au vaccin, même si une récente communication scientifique publiée dans le New England Journal of Medicine montre que le vaccin Pfizer/BioNTech aurait un effet neutralisant.

Le variant brésilien serait également plus dangereux. En effet, selon une étude de l’Association brésilienne des soins intensifs (AMIB), publiée dimanche 11 avril, des patients plus jeunes sont plus gravement atteints qu’avant. Selon ces travaux, un peu plus de la moitié des patients en soins intensifs auraient moins de 40 ans, alors qu’au début de l’épidémie, ils étaient moins de 15%. “On voit beaucoup plus d’insuffisances respiratoires, d’embolies, d’accidents cardiaques alors que c’était très rare au début de l’épidémie”, souligne au Parisien la docteure Marie-Christine Duniau, médecin-conseil au consulat français au Brésil.

Quelle est la situation sanitaire au Brésil ?  

Si Jean Castex évoque ce mardi une situation “dramatique” c’est en raison de l’explosion du variant brésilien. Chaque jour, le pays déplore 4 000 décès et sur le seul mois de mars, 66 000 personnes ont perdu la vie au Brésil à cause du Covid. Ce pays de 212 millions d’habitants est le plus endeuillé derrière les Etats-Unis. Les hôpitaux sont saturés dans certaines régions, notamment à Sao Paulo, la capitale économique. Selon l’AFP, les cimetières y sont débordés.

Le président brésilien, Jair Bolsonaro, est très critiqué pour sa gestion de l’épidémie qu’il minimise, en remettant en question les restrictions sanitaires prises localement. La campagne de vaccination y est par ailleurs lente et décousue en raison du changement de ministre de la Santé à plusieurs reprises. La couverture vaccinale (pour la première dose) est pour l’heure de près de 10%.

Pourquoi le gouvernement renforce les mesures ? 

Jusqu’à présent, la France imposait à tous les passagers arrivant du Brésil, d’avoir un motif impérieux et de présenter un test PCR négatif réalisé “moins de 72 heures avant le départ” ainsi qu’une attestation sur l’honneur certifiant que l’on n’est ni symptomatique, ni cas contact, avec l’engagement de s’isoler pendant une semaine.

Problème : non seulement, cette mesure ne fait pas véritablement l’objet de contrôles, mais en plus, on peut avoir été contaminé la veille du départ et avoir un test négatif au moment de prendre l’avion. Dans une interview à France Inter ce mardi, le Pr Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, estimait qu’en l’absence de mesure plus stricte, si le variant arrivait sur le sol européen, il pourrait “connaître une croissance rapide”.

Vers une coordination internationale ? 

En France, la situation est sous contrôle. Rappelons que le variant anglais représente 82% des cas Covid et que les vaccins restent efficaces. La France est tellement “gavée” de souches anglaises que le brésilien n’arrive pas à s’installer, analyse Rémi Salomon, dans les colonnes du Parisien ce mardi.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que plus le virus circule librement (sans mesures sanitaires), plus il a la capacité de muter pour s’adapter et contaminer davantage, voire pour essayer d’échapper aux vaccins. En Amérique du Sud, notamment au Brésil, mais aussi au Chili ou en Equateur, le problème est bien que l’épidémie est hors de contrôle, en raison d’une absence de politique sanitaire.

“Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix, il faut une coordination internationale sur la vaccination, commente au Parisien Rémi Salomon. Si l’on ne regarde qu’avec un prisme national ou européen, cela ne marchera pas, on va vacciner d’un côté pendant que des variants s’installent de l’autre : c’est un cercle infernal.”

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