Troubles bipolaires : 5 questions qu’on se pose (et les réponses du médecin)

Méconnus, les troubles bipolaires ne sont pourtant pas rares : les spécialistes estiment qu’environ 600 000 personnes en France souffrent de cette maladie psychiatrique chronique.

Qu’est-ce que ça veut dire, “être bipolaire” ?

Les troubles bipolaires font partie d’une famille de maladies que l’on appelle les “troubles de l’humeur” : “ils se caractérisent par des variations du moral, de l’énergie, de l’activité et du sommeil” résume le Dr. Raoul Belzeaux, psychiatre.

Très concrètement, les troubles bipolaires se manifestent à travers l’alternance de deux phases symptomatiques :

  • La phase dépressive se traduit (comme son nom l’indique) par des symptômes dépressifs : le patient se sent triste en permanence, il souffre d’une fatigue intense (asthénie), il n’a plus d’énergie ni de motivation, il a du mal à dormir, il n’a plus d’appétit, son estime de soi est faible, il a des difficultés à se concentrer, il peut éprouver un sentiment de culpabilité, il peut avoir des idées suicidaires… “Cette phase peut durer de quelques semaines à quelques mois” note le Dr. Belzeaux.
  • La phase hypomaniaque (ou maniaque) est l’image-miroir de la phase dépressive : le patient se sent “tout puissant”, il est d’excellente humeur, il a plein de projets, il a beaucoup d’énergie, son estime de soi est au top, il ne se sent pas fatigué, il est hyper-sociable… “La phase hypomaniaque dure généralement quelques jours ; la phase maniaque (où les symptômes sont exacerbés) dure quelques semaines lorsque le patient est traité, quelques mois en l’absence de traitement” ajoute le psychiatre.

Entre ces deux phases symptomatiques peut s’intercaler une période non-symptomatique au cours de laquelle le patient fonctionne plus ou moins bien : chez certains patients, entre les crises, on peut avoir l’impression que la maladie a disparu” précise le Dr. Belzeaux.

Troubles bipolaires : ça concerne qui ?

Stop aux idées reçues : les troubles bipolaires touchent autant d’hommes que de femmes ! La maladie se déclare généralement vers l’adolescence, entre 15 et 25 ans.

C’est une maladie multifactorielle dont les causes sont assez complexes et mal connues” remarque le psychiatre. Les troubles bipolaires sont (en partie) héréditaires, comme les troubles de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH) ou la schizophrénie : “les antécédents familiaux constituent un facteur de risque, mais ce n’est pas le seul : il y a probablement des cas génétiques et des facteurs environnementaux“.

Ainsi, la consommation de drogues (alcool, cannabis…), les traumatismes (agressions, viols…) ou encore certains facteurs psycho-sociaux peuvent participer à l’émergence de la maladie sans l’expliquer totalement.

“Être bipolaire”, est-ce que c’est grave ?

Les troubles bipolaires ne doivent pas être pris à la légère : selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ils se classent au 6ème rang des maladies les plus handicapantes.

Bien que 60 % à 80 % des personnes qui souffrent de troubles bipolaires ont une vie professionnelle “normale”, “les troubles bipolaires réduisent l’espérance de vie de 20 ans en moyenne pour les hommes, 15 ans en moyenne pour les femmes” ajoute le Dr. Belzeaux.

En effet : aux troubles bipolaires peuvent s’ajouter des “comorbidités somatiques”. En clair : “souffrir de troubles bipolaires augmente le risque de développer une autre maladie, notamment une maladie cardiovasculaire, un syndrome métabolique, une stéatose hépatique non-alcoolique ou un cancer” explique le psychiatre.

Sans oublier le risque suicidaire, plus important chez les patients bipolaires : ainsi, 44 % des adolescents concernés sont à risque de suicide. Résultat : chez les personnes qui souffrent de troubles bipolaires, on observe un taux de mortalité 2 à 3 fois supérieur à la population générale.

Comment les troubles bipolaires sont-ils diagnostiqués ?

Le diagnostic des troubles bipolaires est strictement clinique :il se fonde uniquement sur l’interrogatoire du patient, explique le Dr. Belzeaux. On dit qu’il est diachronique car il doit tenir compte de l’ensemble de la vie du patient.

Le diagnostic des troubles bipolaires est posé par un médecin psychiatre : “il est préférable de s’adresser à un médecin spécialiste de cette maladie psychiatrique” note le Dr. Belzeaux. En France, 12 centres experts (à Paris, à Grenoble, à Marseille, à Nancy, à Bordeaux…) existent déjà ; 4 sont en cours d’installation.

Aucun biomarqueur ne permet d’identifier la maladie : “le diagnostic est donc difficile” souligne le psychiatre. À l’heure actuelle, les spécialistes estiment ainsi qu’un patient bipolaire accusera un retard au diagnostic d’environ 10 ans. “Les troubles bipolaires sont souvent confondus avec la dépression !

Peut-on guérir les troubles bipolaires ?

Malheureusement, à ce jour, il n’est pas possible de guérir les troubles bipolaires :la maladie peut toutefois être stabilisée sur le long cours” explique le spécialiste.

Les médicaments sont absolument indispensables : il s’agit de thymorégulateurs, ce qui signifie qu’ils sont chargés de stabiliser / de réguler l’humeur. “Ils sont employés en curatif et en préventif, précise le Dr. Belzeaux. Les thymorégulateurs soignent les crises (hypomaniaques, maniaques ou dépressives) et préviennent les rechutes.

En complément, d’autres traitements peuvent être proposés : psychothérapie (pour prévenir les rechutes dépressives ou soigner les dépressions légères), sismothérapie (ou stimulation magnétique transcrânienne)… Sans oublier l’éducation à la maladie, incontournable.

Les troubles bipolaires s’améliorent considérablement lorsqu’un traitement adapté est mis en place” remarque le psychiatre.

Longtemps décriés, les traitements au lithiumsont extrêmement efficaces chez un tiers des patients qui récupèrent à 100 % une vie normale” note le Dr. Belzeaux, qui estime que ces traitements “devraient être proposé par défaut aux patients bipolaires” avec (bien sûr) une surveillance vis-à-vis des effets secondaires, notamment au niveau des reins et de la thyroïde. “Un tiers des patients ont une réponse partielle au lithium et un tiers sont des mauvais répondeurs : ces derniers sont toutefois identifiés rapidement.

À savoir.Un diagnostic de dépression chez une personne souffrant de troubles bipolaires peut avoir des conséquences très graves car les médicaments antidépresseurs peuvent favoriser la survenue d’une phase (hypo)maniaque ou même d’une mixité, c’est-à-dire d’un mélange entre une crise (hypo)maniaque et dépressive.

Merci au Dr. Raoul Belzeaux, psychiatre à l’AP-HM (Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille).

Sources :

  • Fondation FondaMental
  • Fondation pour la Recherche sur le Cerveau (FRC)

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